Des espaces partagés d’échanges conceptuels

Catherine Mounier m’a demandé de rédiger un bref texte sur ma coopération avec Jean-Marie Barbier, et j’ai accepté avec plaisir. Cependant, au cours de mon travail, j’ai rencontré de grandes difficultés pour résumer, dans un nombre limité de caractères, les éléments les plus importants de la coopération du professeur Jean – Marie Barbier avec le milieu des chercheurs polonais, notamment liés à l’Université de Łódź (Chaire de Pédagogie Sociale), ainsi qu’à la Société scientifique de Łódź.

Cette longue coopération a duré plus d’un quart de siècle. C’est pourquoi il conviendrait de lire ce texte uniquement comme le signe de cette riche coopération. Elle a évolué d’un « simple » intérêt pour les écrits à un accord épistémologique envers l’analyse de l’activité dans le champ de la pratique. Le déroulement du processus de partage des positions et de l’enrichissement réciproque peut être documenté par les événements majeurs de cette coopération, dont le calendrier des événements marquants est très riche. Il commence en 1991, l’année de la publication par Jean-Marie Barbier du livre consacré à la problématique d’élaboration et de planification d’un projet, très important pour le milieu des professionnels, pédagogues sociaux. Par la suite ont eu lieu des événements permettant de reconnaître nos champs de pensée respectifs, inaugurés par le contact réel des partenaires à la fin des années 90 du XX siècle.

Au cours des années, des événements ponctuels d’importante qualité scientifique s’accumulent, comme par exemple les traductions des textes, des publications dans les deux langues, la participation à la formation des chercheurs et aux projets de recherche internationaux. 

Cette coopération nous a permis de franchir les frontières culturelles et langagières, ainsi que de développer des concepts majeurs de J.-M. Barbier avec leur interprétation socio-pédagogique, et de les intégrer au discours de la pédagogie sociale.

Il faudrait particulièrement souligner les travaux sur les outils d’analyse des activités et leur intelligibilité, ainsi que la clarté de l’expression grâce à une très grande précision du vocabulaire employé. 

Cette coopération s’est inscrite dans le contexte historique, social, individuel et institutionnel. Ľéchange intellectuel nous a permis de penser dans les catégories d’un collectif de pensée, ou d’une approche épistémologique partagée dans la catégorie « penser les transformations »  que l’on peut reconnaître dans les textes composant le numéro thématique de la revue NOWIS consacré à cette réflexion, en lien avec les processus de professionnalisation, et plus généralement les transformations simultanées des activités et des sujets par et dans les activités.

La reconnaissance de l’œuvre du professeur Jean-Marie Barbier et de son engagement en faveur du développement de la coopération franco-polonaise se traduit non seulement par ses trois ouvrages publiés en polonais (2006, 2016, 2026) et ses six articles, ainsi que par sa co-rédaction de deux numéros thématiques de  la revue NOWIS (2016/2(3), 2021/2(13)), mais aussi par l’attribution, en 2017, par l’Université de Łódź de la médaille Amico « Ami de l’Université de Łódź » et, en 2019, par la Société scientifique de Łódź, pour ses travaux de recherche, du prix scientifique en pédagogie sociale, du nom de Irena Lepalczyk.

Le 14 janvier 2026, cette coopération florissante a été brutalement interrompue, mais la pensée et la contribution de Jean-Marie Barbier au développement de la réflexion sur l’anthropologie de l’activité demeurent et continuent d’élargir le cercle de ses partisans.

Ewa Marynowicz-Hetka, rédactrice en chef de la revue „ Nauki o Wychowaniu. Studia Interdyscyplinarne”(NOWIS).

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